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pour l'histoire de mettre ces modestes jouets sous " Les feux de la rampe " Ceci est une nouvelle édition revue et largement augmentée. |
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Dans les catalogues de Jouets des Grands Magasins, entre les deux guerres, il est souvent fait état de «Jouets fabriqués par les Mutilés » Sur ce sujet, nous vous proposons un très large extrait d'un article de M.Edmond POTTIER, paru dans le rare bulletin édité en 1916 par " l'Art Français Moderne " : |
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Est-ce
bien l'heure de
s'occcuper de jouets ? Quand des millions d'hommes
s'entregorgent, quand les deuils pèsent sur tant de
coeurs, quand les mères pleurent, quelle ironie que
de songer aux moyens d'amuser les enfants !
Répondons
d'abord à
cette objection de sentiment par une raison de sentiment.
L'enfant, avec son sourire et ses grands yeux confiants, ne
doit-il pas rester en dehors des tristesses qui nous
assiègent ? D'ailleurs, n'est-il pas celui qui
console tous les chagrins ? Sa gaieté est le garant
de notre force.
Donnons
aussi des
raisons de sens
pratique et d'actualité: les jouets sont un commerce
qui fait vivre, en ces heures difficiles, beaucoup de femmes
et de blessés, qui nourrit nombre d'artistes
déshérités dont la détresse
affreuse se cache aux yeux du monde. Le jouet, enfin, est un
élément de notre activité
industrielle....
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Voilà
pourquoi l'Union
Centrale des Arts Décoratifs a, en pleine guerre,
pris l'initiative d'organiser une exposition de jouets au
Pavillon de Marsan.
Les jouets se divisent en deux catégories distinctes : il y a le jouet pour les enfants et, ne craignons pas de le dire, il y a le jouet pour les grandes personnes. J'entends que les uns sont destinés à rester entre les mains des petits et à les amuser, qu'ils soient vendus chers ou bon marché; les autres sont considérés comme des objets de luxe, des oeuvres d'art à mettre en vitrine, acquises par des amateurs ou des collectionneurs. L'une et l'autre industrie sont à encourager et procurent des bénéfices importants à notre pays, mais il est clair qu'elles obéissent à des préoccupations et à des règles différentes. Occupons-nous du jouet enfantin. C'est le plus intéressant, il représente la production la plus abondante. Mais ici, ne devons-nous pas encore distinguer deux séries ? 1° le jouet populaire fabriqué à très bon marché pour être vendu dans les petites boutiques et les bazars, accessible aux bourses les plus modestes: 2° le jouet riche destiné aux classes aisées, qui, sans atteindre les prix des objets de collection, arrive à un taux permettant l'emploi de matières plus belles et le concours d'ouvriers plus habiles. Toutes ces catégories diverses, nous les trouvions dans l'exposition...... Mais dans cet ensemble, la palme revient sans conteste à " L'Atelier des Soldats Mutilés de la Guerre " que dirige M. Lebourgeois, assisté de MM. Jaulmes et Rapin. |
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Dans
le hall
où le jour
tombe tamisé par d'adroits plafonnages
d'étoffes, sous un portique soutenu par
d'élégantes colonnettes laquées,
l'oeil
perçoit d'abord comme une volière d'oiseaux
multicolores : aras, cacatoès, perroquets de toutes
nuances, où les bleus sombres, les azurs clairs, les
jaunes vifs, les rouges ardents, les roses tendres se
mêlent et s'entrechoquent, cygnes noirs et oies
blanches, petits canards vert émeraude ou vieil or,
étalant leurs plumages chatoyants ou flambants,
lisses ou ébouriffés. En face, c'est une
armée fantastique d'éléphants,
montés sur roulettes, qui alignent en bataillons
massifs leurs dos caparaçonnés. Ici la nature
n'a point imposé ses règles à
l'industriel : rouges, verts, bleus, noirs, jaunes, c'est la
gamme entière des couleurs qui se joue sur ces
robustes bêtes, dont la lourdeur comique et le petit
oeil malicieux forment un savoureux contraste où
l'art du décorateur trouve à s'exercer.
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Au
centre, voici une
pièce
d'eau, faite d'une glace étamée où se
mirent des files de canards et d'oisillons ; sur la pelouse
d'herbe verte qui l'entoure sont semées de larges
feuilles où courent de gigantesques bêtes
à bon Dieu, dont la taille fait pousser des cris
d'étonnement aux enfants qui se pressent à
l'entour. Dans les embrasures de fenêtres, des
chambrettes sont disposées: tables servies,
dînettes, dressoirs garnis de faïence, petits
fauteuils attendent les jeunes convives, jusqu'au coucou qui
bat l'heure dans un coin. C'est
une fête pour les yeux que ces ensembles
où la vie intime de l'enfance est
présentée sous un aspect de
gaîté
et saine élégance.
Et nous ne devons pas oublier ici la portée sociale et morale de l'oeuvre. Derrière ces jouets pimpants, derrières ces gracieuses images d'enfance heureuse et folâtre, nous savons ce qu'il y a : |
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Tout un
hôpital de
blessés, d'estropiés, qui, après avoir
fait à la patrie le dur sacrifice de leurs
souffrances et de leurs mutilations, se sont vus
rejetés dans la vie, sans métier, sans
ressources.
Des
âmes courageuses et charitables se sont
émues ; elles ont créé cet atelier que
l'Union Centrale a pris sous sa protection, elles ont pourvu
à la rééducation de tous ces
malheureux, elles en ont fait des artistes, d'habiles
décorateurs, sous la conduite des excellents
maîtres que nous avons nommés. Comment ne pas
être touché par cette belle et
généreuse initiative ? Comment ne pas admirer
les résultats inespérés qui lui sont
dus ?.... Achetons don ces jouets fabriqués par les
mains de blessés français, en pensant que ce
sont des mains qui ont manié le fusil ou tiré
le canon de la Marne, de l'Yser, de Champagne, de la Somme
et de Verdun.
Une
sorte de filiale de cette émouvante institution a
trouvé place dans une salle voisine. Ce sont les
jouets arabes en bois découpé et peint,
exécutés par les Ateliers de Mutilés
de
la ville d'Alger, sous la direction de M. Herzig. Les
silhouettes en sont heureuses, les couleurs amusantes, et
donnent une impression exacte des réalités
pittoresques dont la région africaine est si riche.
»
Cette longue et superbe présentation de l'Atelier des Mutilés de Guerre est tirée d'un livre rare édité par l'Art Français Moderne ( Artistes et Éditeurs Français ). Composé de différents articles sur le jouet français pendant la Grande Guerre, celui-ci a été rédigé en 1916. |
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Il semble bien que ceux-ci disparurent progressivement lorsque disparurent les blessés eux-mêmes, les derniers d'entre eux ayant été noyés dans le second grand conflit qui ravagea de nouveau l'Europe dès 1939. |
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Le
"Jouet de France"
présente le type de l'usine moderne et modèle.
Elle est établie aux portes de Paris, au bout du pont
de Puteaux, dans le paysage pittoresque de cette banlieue
qui mêle les arbres, les prairies, les maisonnettes
aux tramways suburbains et aux longues cheminées
empanachées des établissements industriels.
C'est un grand et coquet bâtiment en ciment
armé, aux murs ingénieusement
décorés, pareil à une nef de
cathédrale sans clocher, avec des arcs-boutants et
des gargouilles artistiques....
Tout
le personnel est composé de mutilés de la
guerre. Les ouvriers sont estropiés, amputés
d'un bras, d'une jambe, d'une main. Circulant dans les
ateliers appuyé sur deux béquilles, Monsieur
Matthieussent, blessé à Saint Mihiel en
septembre 1914, dirige ces hommes qui sont organisés
en coopérative. Dans un coquet réfectoire, on
leur sert pour 2fr,25 un repas composé de :
hors-d'oeuvre, viande, légumes, dessert, un quart de
vin, café, pain à discrétion. Ils
auront bientôt des bains et une bibliothèque.
C'est un modèle d'installation. Ils sont payés
1 fr75 par heure. Voilà le système qui est
d'apprendre aux mutilés un métier, de les
organiser industriellement et non de les laisser compter sur
la charité d'une pension qui sera forcément
insuffisante.
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Ils fabriquent le
jouet en bois
d'après des modèles nouveaux et artistiques,
établis par Monsieur Bourgeois *, créateur de
cette école, Monsieur Rapin, peintre, Monsieur
Jaulmes, avec un goût ingénieux et
inédit. Les peintures qui décorent le bois
blanc sont d'abord essayées sur le jouet
lui-même, puis relevées pour être
copiées. On juge ainsi mieux de l'effet, et il n'y a
pas de surprise à l'exécution. Tout
est fait sur place. Les arbres arrivent.... en troncs
bruts, et le premier travail est de débiter en
planches le bois en grume. Une machine spéciale
saisit les tiges rectangulaires qu'a découpées
la scie à fraise et les restitue en forme de
baguettes rondes de tous les calibres qu'on
désire.... Le bois étant prêt, poli,
les
pièces sont assemblées. Le jouet
terminé est alors décoré et peint soit
à la main, soit à l'aérographe
électrique.
Que
sort-il de ces ateliers multiples où l'ont voit
des crochets de nickel remplacer des mains et des bras;
où le tourneur était avant la guerre
garçon de café, et ce décorateur,
cocher de fiacre ?
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Car ce sont tous des
artisans de
fraîche date. Pas un n'avait fait ce métier.
Chacun a appris l'usage des machines et des appareils
inventés pour mutilés. Et ils y sont vite
experts...Le travail est fini, soigné, digne des
modèles qui sont proposés. Ceux-ci sont d'une
variété prodigieuse, d'une nouveauté
imprévue, d'un incontestable caractère
artistique, tant pour la grâce des formes et des
lignes, la spirituelle stylisation qui interprète la
nature, que pour l'harmonie charmante des couleurs,
l'élégance des décors. Des armoires de
poupées ont même été
commandées et exécutées comme meubles
pour appartements et se sont trouvées plaire à
ce point qu'un atelier de mobilier pour grandes personnes va
être adjoint à l'atelier de joujoux ! "
LÉO CLARETIE |
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....*Monsieur Bourgeois cité plus haut nous indique la composition type d'une équipe de mutilés au Jouet de France: " Pour montrer quelle serait la proportion des mutilés, prenons pour base une équipe de six. Amputés de jambes : 2 menuisiers, 1 tourneur et 1 sculpteur; amputés d'un bras: 1 découpeur et 1 peintre. Si après une étude approfondie de la question, sur un équipe de six individus pris au hasard, on envisage la rééducation d'un grand nombre de mutilés dans une école, on peut estimer à six mois au maximum le temps nécessaire. En les incorporant dans la section de sculpture ou de peintures simples, on peut utiliser le travail des hommes depuis le premier jour, et en conséquence, les salarier dès le début, ce qui évitera au mutilé livré à lui-même, ( et c'est un fait acquis ) , de se trouver en état d'infériorité vis-à-vis de son camarade valide. " Léo CLARETIE n'est pas le seul à se faire écho du travail des mutilés de guerre. Dans un charmant ouvrage " La très véridique histoire de Nette et Tintin visitant le Village du Jouet " ( à l'Exposition de 1925) Henri d'ALLEMAGNE, sous le pseudonyme de " Henry René d'ENGAMELLA ", nous entretient d'un des stands (sous forme de " maisonnettes " ) qui présente les jouets des Mutilés. Poupendol est heureux de pouvoir vous en donner un large extrait : |
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![]() confectionnés "à l'arrière" en 14/18
Remerciements,
(2)Nous remercions aussi très chaleureusement Anne-Marie Porot quoi nous a permis de compléter avec beaucoup de minutie l'étude de cet Atelier des Mutilés que nous sommes très heureux de vous faire découvrir ou redécouvrir.
Tous droits de reproduction même
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>08.01.08